aubaine

aubaine [ obɛn ] n. f.
• 1611; aubene 1237; de l'a. fr. aubain « étranger », frq. °aliban « d'un autre ban »
1Anciennt Droit d'aubaine : droit en vertu duquel le seigneur recueillait les biens que l'étranger non naturalisé laissait en mourant.
2(1668) Vieilli Avantage, profit inattendu, inespéré. Profiter de l'aubaine. Quelle (bonne) aubaine ! chance, occasion.
3Région. (Canada) Vente à prix réduit. 2. solde.
⊗ CONTR. Malchance.

aubaine nom féminin (de aubain) Profit inattendu, avantage inespéré ; occasion qui présente cet avantage : Profiter de l'aubaine.aubaine (expressions) nom féminin (de aubain) Droit d'aubaine, en France, au Moyen Âge et sous l'Ancien Régime, droit en vertu duquel la succession d'un étranger non naturalisé et décédé sans postérité était attribuée au seigneur du lieu ou au roi. ● aubaine (synonymes) nom féminin (de aubain) Profit inattendu, avantage inespéré ; occasion qui présente cet avantage
Synonymes :
- filon (familier)
Contraires :
- déveine (familier)

aubaine
n. f. Avantage inespéré. La bonne aubaine!

⇒AUBAINE, subst. fém.
A.— DR. ANC.
1. Succession aux biens d'un aubain, étranger qui meurt dans un pays où il n'est pas naturalisé :
1. DON ALPHONSE. — Capitaine, est-ce un bon service que celui de la république, et combien y gagnez-vous, bon an, mal an?
GENNARO. — J'ai une compagnie de cinquante lances, Monseigneur, que je défraie et que j'habille. La sérénissime république, sans compter les aubaines et les épaves, me donne deux mille sequins d'or par an.
HUGO, Lucrèce Borgia, 1833, II, 5, p. 108.
2. Droit d'aubaine. Droit en vertu duquel les biens de la succession d'un aubain devenaient la propriété du seigneur puis, plus tard, du roi :
2. L'agent d'affaires m'apprenait (...) que (...) la couronne [d'Espagne] (...) s'est éveillée au bruit de ces millions, et (...) soutient que la succession en litige lui appartient par droit d'aubaine.
O. FEUILLET, Le Roman d'un jeune homme pauvre, 1858, p. 191.
Au fig. :
3. Le génie n'a point de famille; son héritage tombe par droit d'aubaine à la plèbe, qui le grignote et plante un chou où croissait un cèdre.
CHATEAUBRIAND, Mémoires d'Outre-Tombe, t. 4, 1848, p. 328.
B.— P. ext. Profit, gain inespéré :
4. Prix des leçons : quinze francs par mois, deux séances par semaine; pour cette pauvre petite adjointe qui gagne soixante-quinze francs par mois et paie sa pension là-dessus, c'est une aubaine inespérée.
COLETTE, Claudine à l'école, 1900, p. 19.
5. Quant à la rémunération des chefs de groupements d'entreprises, elle contient, outre des profits proprement dits, résultats de la spéculation économique, des aubaines de spéculation financière. Elle enferme par conséquent des éléments qui rappellent les revenus du jeu ou les gains obtenus par toutes ces initiatives où l'exploitation de partenaires plus faibles a autant d'importance que l'accomplissement régulier d'une fonction industrielle ou commerciale.
PERROUX, L'Écon. du XXe s., 1964, p. 622.
Spéc. Chez Proudhon, aubaine ou droit d'aubaine. Synon. de profit capitaliste :
6. Axiome. — La propriété est le droit d'aubaine que le propriétaire s'attribue sur une chose marquée par lui de son seing. Cette proposition est un véritable axiome. Car : 1) Ce n'est point une définition, puisqu'elle n'exprime pas tout ce que renferme le droit de propriété : droit de vendre, d'échanger, de donner; droit de transformer, d'altérer, de consommer, de détruire, d'user et d'abuser, etc. Tous ces droits sont autant d'effets divers de la propriété, que l'on peut considérer séparément, mais que nous négligeons ici pour ne nous occuper que d'un seul, du droit d'aubaine. (...) la négation de cette proposition implique contradiction : le droit d'aubaine est réellement inhérent, tellement intime à la propriété, que là où il n'existe pas la propriété est nulle. Observations. L'aubaine reçoit différents noms, selon les choses qui la produisent : fermage pour les terres; loyer pour les maisons et les meubles; rente pour les fonds placés à perpétuité; intérêt pour l'argent; bénéfice, gain, profit (trois choses qu'il ne faut pas confondre avec le salaire ou prix légitime du travail), pour les échanges. L'aubaine, espèce de régale, d'hommage tangible et consommable, complète au propriétaire en vertu de son occupation nominale et métaphysique : son scel est apposé sur la chose; cela suffit pour que personne ne puisse occuper cette chose sans sa permission. (...). La propriété est le droit d'aubaine, c'est-à-dire le pouvoir de produire sans travailler; or, produire sans travailler, c'est faire de rien quelque chose, en un mot, c'est créer : c'est ce qui ne doit pas être plus difficile que de moraliser la matière.
PROUDHON, Qu'est-ce que la propriété? 1840, p. 244, 246.
Au fig. Aubaine inespérée, rare; bonne, véritable aubaine; profiter de l'aubaine :
7. Je vois, vous devez appartenir à cette race d'êtres qui ne sont méchants qu'avec ceux qui les aiment. Oh! C'est une race que je connais bien. Quelqu'un qu'on n'aime pas et qui vous aime, quelle tentation, n'est-ce pas? de le faire souffrir! Il faut croire qu'il y a là un attrait affreux. Tenez, une femme qu'ils ne désirent pas, quelle aubaine pour les hommes! Ils se vengent sur elle des autres.
MONTHERLANT, Celles qu'on prend dans ses bras, 1950, II, 4, p. 799.
P. iron. :
8. Une des choses dont il composait son relief extérieur et sa satisfaction intime, c'était, nous venons de l'indiquer, d'être resté vert-galant, et de passer énergiquement pour tel. Il appelait cela avoir « royale renommée ». La royale renommée lui attirait parfois de singulières aubaines. Un jour on apporta chez lui dans une bourriche, comme une cloyère d'huîtres, un gros garçon nouveau-né, criant le diable et dûment emmitouflé de langes, qu'une servante chassée six mois auparavant lui attribuait.
HUGO, Les Misérables, t. 1, 1862, p. 720.
PRONONC. :[]. PASSY 1914 note une durée mi-longue sur la 1re et la 2e syll. du mot, GRÉG. 1923 sur la 1re seulement. Enq. :/oben, (D)/.
ÉTYMOL. ET HIST. — 1237 dr. aubene « succession d'un étranger » (A.N. K 30, pièce 10 ds GDF. Compl. : Ou tierc point, chou est des aubenes et des trueves et des estragnes, disent il que jou i ai les trois pars); 1611 id. droict d'aubaine (COTGR.); 1668 fig. (BOILEAU, Satires, VIII ds Dict. hist. Ac. fr. t. 4, p. 397 : Un aigle, sur un champ prétendant droit d'aubaine, Ne fait point assigner un aigle à la huitaine); 1668 p. ext. « profit inespéré » (LA FONTAINE, Fables, VI, 11, ibid., p. 369 : J'ai regret, disoit-il, à mon premier seigneur : Encor quand il tournoit la tête, J'attrapois, s'il m'en souvient bien, Quelque morceau de chou qui ne me coûtoit rien. Mais ici point d'aubaine; ou, si j'en ai quelqu'une, C'est de coups).
Fém. substantivé de aubain1; droit d'aubaine rendu par le lat. médiév. albanagium, XIIe s., (ds DU CANGE et NIERM).
STAT. — Fréq. abs. littér. :224. Fréq. rel. littér. : XIXe s. : a) 353, b) 238; XXe s. : a) 275, b) 357.
BBG. — BARR. Suppl. 1967. — BOUILLET 1859. — DUPIN-LAB. 1846. — GOUG. Mots t. 2 1966, p. 75. — Lar. comm. 1930. — LEP. 1948. — LE ROUX 1752. — Mots rares 1965. — Pol. 1868. — ST-EDME t. 2 1825.

aubain, aubaine [obɛ̃, obɛn] n. m. et adj.
ÉTYM. Mil. XIIe; anc. franç. albain, aulbain, d'étym. douteuse, p.-ê. d'un dérivé du lat. alibi « ailleurs ».
1 Dr. anc. a N. m. Étranger qui, en échange de la protection du seigneur, était soumis à divers droits et taxes. Aubaine.
1 (…) les « aubains », ces gens venus d'ailleurs qui payaient cher leur patronage, la ville leur procurait beaucoup plus de deniers que n'importe quelle seigneurie rurale.
Georges Duby, Guerriers et Paysans, VIIe-XIIe s., p. 275.
b Adjectif :
2 Les Genevois ne sont point aubains en France; ils jouissent de tous les privilèges des Suisses.
Voltaire, Lettre à d'Argental, 2 mars 1766.
2 Littér. Étranger.
3 Malgré la sympathie ou l'amitié que m'inspiraient ces visiteurs occasionnels, j'avoue que leur présence à Carnetin n'augmentait pas mon plaisir (…) nos aubains se trouvaient introduits dans une tribu dont ils connaissaient mal les coutumes, sous un climat qui ne leur était pas familier. Ce n'est, bien entendu, pas comme « étrangers » qu'ils me paraissaient peu désirables, mais parce que cette qualité d'étrangers eût nécessité de notre part, pour qu'ils ne se sentissent pas dépaysés, un effort (…)
Francis Jourdain, Sans remords ni rancune, Ceux de Carnetin, p. 167.
4 (…) parlant langue d'aubain parmi les hommes de mon sang (…)
Saint-John Perse, Amers, 5, p. 190.
CONTR. Aborigène.
DÉR. Aubaine.
————————
aubaine [obɛn] n. f.
ÉTYM. 1611; aubene, 1237; de aubain.
1 Dr. anc. Succession aux droits d'un aubain. || Droit d'aubaine : droit en vertu duquel le seigneur recueillait les biens que l'aubain laissait en mourant. || Le droit d'aubaine devint un droit presque exclusivement régalien à partir du XVIe siècle. || Loi du 14 juillet 1819 relative à l'abolition du droit d'aubaine…
1 (Le droit d'aubaine) est un droit qu'a le roi de succéder aux biens des étrangers qui meurent en France et qui n'y sont point naturalisés.
Boileau, Satires, VIII, Note.
(Chez Proudhon). || Droit d'aubaine, le profit, en régime capitaliste.
2 (1668). Mod. Avantage, profit inattendu, inespéré. Occasion, profit.
2 (…) lorsque ce premier versement en or leur fut fait, ils semblaient, dit un témoin, n'en croire leurs yeux, ni leurs oreilles, et tâtaient cet acompte comme s'il s'agissait d'une aubaine miraculeuse.
Louis Madelin, Hist. du Consulat et de l'Empire, t. III, XIV.
Fig. Chance. || Quelle bonne aubaine ! || Profiter de l'aubaine, de la bonne aubaine.
3 (…) cette jeune personne vient apparemment de perdre son père ou sa mère, magnifique aubaine pour un gigolo : quelle femme, en pareille circonstance, n'aurait pas besoin d'une détente ?
Montherlant, le Démon du bien, p. 19.
4 Elle devait profiter de l'aubaine pour se laver les cheveux (…)
A. Blondin, Monsieur Jadis, p. 26.
3 Régional (Canada). Vente à prix réduit. Solde.
CONTR. Perte. — Malchance.

Encyclopédie Universelle. 2012.

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